isabelle antony & yann weissgerber
vidéos présentées
Apologie, 2006, 14’55’’
A la fois éloge et défense, Apologie cherche à montrer (sans l’éclairer) le secret sous la paupière close et partagée de deux amoureux : l’espace inviolable de leurs promesses et de leur intimité. Les images se détournent des corps pour s’orienter vers l’outil du regard amoureux (l’œil) et les machines grossissantes, métaphores de sa quête de détails (loupe, scanner). Textes et mots se multiplient et se confondent, se déversent en strates simultanées, pour dévoiler un désir de connivence impénétrable.
ceinte-jointe-sise (tourelle), 2006, 5’05’’
Une mise en images, rythmes et textes, de la fragilité de la déclaration amoureuse, et du sentiment d’urgence de lui bâtir une muraille. Prière votive. Petit poème.
portrait
Isabelle Anthony et Yann Weissgerber travaillent conjointement depuis 2005. Leur pratique ne s’entend qu’en tant qu’elle est profondément enracinée dans leur couple, et qu’elle questionne - autant qu’elle est une quête de - l’être ensemble. Au travers de films, d’installations, ou d’actions ancrées dans le secret de leur quotidien, ils voudraient atteindre le sens profond de ce que l’on nomme fusion, le voeu érotique de faire corps avec un autre sacralisé.
Les débuts de leur pratique commune sont pourtant difficiles : elle se construit sur le deuil du duo Sustained Silicon que Yann formait avec Lidwine Prolonge, et sur l’abandon de l’autarcie qu’Isabelle vivait par le biais de ses films.
A l’écran, leurs premiers travaux seront donc noirs. A la saturation de chairs et de jus des vidéos de Sustained Silicon, et aux premiers plans monopolisés par le visage d’Isabelle succèdent des écrans presque vides, obstinément noirs, au sein desquels ils disséminent avec parcimonie, et toujours derrière quelque voile, les mots, les traces de leur liaison.
Une raréfaction des signes qui, comme un son poussé à saturation laisse entendre sa densité sous les quelques grésillements encore audibles, désigne le couple en tant qu’entité pleine, riche, mais confidentielle. Exhibé dans ce qu’il a de secret. Ils étendent ainsi leur intimité jusqu’à l’intégrité, exaltant, comme questionnant, ce qu’elle a de clos. Elle y est dépeinte comme un espace complexe de partage demeurant confiné, réservé.
Leurs travaux se construisent souvent sur le modèle interne de leurs dialogues, voudraient gommer les angles morts de la communication (le langage et l’obsession sans cesse déçue du “mot juste” y sont récurrents), s’organisent sur un mode votif qui les mèneraient de la conversation à l’énonciation d’une même voix.
L’être ensemble du couple y reste envisagé comme geste fondateur d’une société (possible, positive et nouvelle) où les symboles s’affranchissent, peuvent être (ré)inventés, partagés effectivement. Le couple qui naît marque, avec l’avènement de ses rites particuliers, une déchirure au sein du social, il est un acte microcosmique de résistance, il porte en lui un potentiel offensif positif.
Animés de ce jusqu’au-boutisme amoureux, ils interrogent les fonctionnements sous-jacents du rapport à l’autre, au sein de leur bulle mais aussi hors d’elle, et de cette bulle vers son en-dehors.
Ils convient les mythes, des vierges voilées de Tertullien aux codes vestimentaires contemporains, de l’amour courtois aux métaphores de l’astrophysique, du romantisme à la cybernétique, du slogan d’amour à la propagande, au sein d’un travail qui confronte l’icône à l’image, la pornographie entendue comme tentative érotique de toucher à l’obscène sacré et fuyant de l’autre à une pornographie aujourd’hui paradigmatique où l’économie du rapport social fait des individus, de leurs corps, leurs regards, des denrées échangeables à loisir.
Depuis l’été 2007, ils élaborent le projet « Buy Human Solutions ». Ils cherchent, par un travail photographique, vidéographique, textuel, à la fois documentaire et de mise en scène, à y lier les questions post-modernes (disparition de la réalité au profit de l’image, anesthésie au symbolique), l’économie des échanges sociaux (auto-mercantilisation des corps, étiquette mondaine des relations affectives), et les interrogations contemporaines quant à l’instauration d’une hégémonie de la peur.
Actuellement, ils vont à la rencontre des générations adolescentes et post-adolescentes (futurs humains de services au sein d’une société de services), abordent avec eux la construction de leur identité par le biais de leur image, la flambée du développement du droit à l’image, l’hyper-hygiénisme des corps dans les médias dominants (la chasse au grain de peau des clips musicaux), et collectionnent les couronnes et autres signes de pouvoirs brodés sur les t-shirts. Ils y cherchent l’obscène sous le pornographique, le non-monnayable sous la marchandise, l’humain sous le fard.